La santé au futur

Depuis Frankenstein de Mary Shelley (1816), les avancées de la médecine et des sciences de la vie préoccupent les créateurs de science-fiction. Métaquine®, dont le fil rouge est un médicament psychotrope, s’inscrit pleinement dans cette thématique. L’auteur du roman était invité à présenter le sujet aux participants des 21e Journées franco-suisses de pharmacie hospitalière, qui se sont tenues à Belfort du 7 au 9 mars. La conférence, assortie d’une projection de dessins et d’animations, a suscité un vif intérêt parmi les auditeurs. Pour des professionnels de la santé, confronter la réalité aux visions de la SF s’est avéré un exercice stimulant, tout à fait pertinent pour envisager les progrès (comme les dérives possibles) des sciences médicales.

La santé dans le futur : de la réalité à la science-fiction

Le mot «santé », au sens où l’entendent nos contemporains, aura-t-il la même signification dans dix ou cent ans ? Le rythme effréné des avancées scientifiques est en passe de révolutionner les méthodes et les visées de la médecine. Déjà, les limites naturelles du corps humain sont brouillées. On lui ajoute des extensions, on repousse sa date d’échéance, on tripote son génome, on dope son endurance, on le barde d’électronique intelligente, de puces, de stimulants et de balises. Bientôt – peut-on craindre ou espérer – la réalité dépassera la science-fiction.

Science-fiction (SF). Né voici bientôt un siècle dans une revue populaire américaine, le néologisme désigne aujourd’hui un champ culturel foisonnant. En SF, l’imagination se combine aux pronostics rationnels pour accoucher de toutes sortes de futurs romanesques, de l’utopie au cauchemar post-apocalyptique.

La science-fiction offre-t-elle des perspectives originales sur les maladies et la médecine de demain ? Que peuvent ajouter les auteurs de romans ou de films de SF aux développements déjà inscrits au programme des prévisionnistes de la santé ?

Le succès du film Bienvenue à Gattaca de Andrew Niccol (1997) ou du best-seller Auprès de Toi toujours [Never Let Me Go (2005)] de Kazuo Ishiguro (Prix Nobel 2017) répond déjà à la question. Mieux que ne sauraient le faire de savantes extrapolations, ces œuvres montrent l’impact respectif des manipulations génétiques et du clonage sur les sociétés à venir. Des perspectives tout à fait plausibles. Mais la fiction n’a pas attendu l’an 2000 pour annoncer que les audaces scientifiques marqueront corps et cerveaux. Trois romans du XIXe siècle, considérés comme fondateurs par les historiens de l’imaginaire, abordent frontalement cette thématique : Frankenstein (Mary Shelley, 1818), L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (Robert Louis Stevenson, 1886) et L‘île du Docteur Moreau (Herbert George Wells, 1896).

Une étude menée en 2012 par Accenture Consulting pour l’Institut Européen de la Santé tentait de lister les défis que l’UE devra relever d’ici à 2030 en matière de soins, de prévention, de thérapies et de politique sanitaire. Dans son analyse, Accenture identifiait cinq tendances majeures : priorité mise sur le traitement des effets du vieillissement ; patients mieux ciblés, sollicités et responsabilisés ; corps investis par les technologies de l’information et la bioingénierie ; essor de la télémédecine et de l’automatisation des soins ; enjeux économiques et éthiques du secteur santé de plus en plus conséquents.

Toutes ces projections figurent depuis longtemps au catalogue des idées de SF. Jack Barron et l’éternité (Norman Spinrad, USA 1969) décrit les dérives qui font suite à l’invention d’un remède antiâge. Corpus delicti (Juli Zeh, D 2009) montre les excès auquel mène la stigmatisation des comportements nuisibles à la santé. L’ère du satisfacteur (Frederik POHL, USA 1965) conçoit un implant qui délivre un cocktail chimique assurant un bien-être permanent à son usager. Existez-vous, Mr Jones ? (Stanislas Lem, PL 1955) se demande si le corps farci de prothèses d’un accidenté devient propriété du fabricant au cas où le patient est insolvable.

De telles fictions sont autant d’expériences de pensée stimulantes. Au travers de héros, d’intrigues et d’inventions possibles, la SF ouvre son laboratoire à tous les esprits critiques que le devenir de la santé préoccupe. Souvent en noircissant le trait, parfois à grand renfort d’effets théâtraux, mais rarement sans pertinence ni raison.

 

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