Métaquine et kétamine : mêmes pouvoirs, mêmes espoirs ?

Métaquine-KétamineDans les pays anglo-saxons, Métaquine® se vend sous l’appellation Metakine®. Curieusement, cette dernière orthographe est le parfait anagramme de kétamine. Or kétamine est non seulement le nom d’une substance chimique, à l’instar de la molécule de GlobantisPharma, mais le produit qu’il désigne présente aussi de remarquables propriétés pharmacologiques sur le cerveau et le système nerveux.

Dans Métaquine® (le roman), cette parenté textuelle et pharmacologique n’est pas délibérée. Ou, du moins, pas voulue consciemment par l’auteur. Mais, calembour fortuit ou acte manqué, le nom du produit vise juste. Car la kétamine – comme la Métaquine – est un psychotrope des plus singuliers, dont on est loin d’avoir exploité tout le potentiel.

Curtis 122 x 122022Pas une semaine ne s’écoule sans que des résultats d’études révèlent de nouvelles possibilités d’application. Cette molécule n’a pas d’équivalent dans toute l’histoire de la pharmacologie. C’est la clé d’une multitude de mécanismes neuronaux, un passe-partout biochimique.”

Curtis Candrian
Métaquine®
, Clotilde 11

Psychédélique et anesthésique général

Kétamine formule

Kétamine, formule chimique

Comme Métaquine® (et Ritaline®, autre agent psychoactif), la kétamine est une molécule de synthèse. Découverte en 1962, elle s’apparente à l’hallucinogène phencyclidine (PCP, ou Angel Dust) et exerce comme lui divers effets psychomimétiques (cauchemars, hallucinations, distorsions spatio-temporelles, altérations psychomotrices, sensation de dépersonnalisation, etc.) qui en font une drogue inscrite en bonne place sur la liste des stupéfiants.

Mais là n’est pas son principal intérêt. Les vertus psychédéliques de la kétamine ne l’ont pas empêchée de faire une honnête carrière en médecine. On sait qu’elle affecte principalement la biochimie du glutamate, mais aussi celle d’autres neurotransmetteurs. Elle est surtout utilisée comme anesthésique général, au même titre que le penthotal ou le propofol.

Antidépresseur et analgésique express

Sur un plan plus expérimental, on connaît à la kétamine d’autres qualités, intéressant la neurologie, la psychiatrie, les soins palliatifs et la recherche en neurosciences.

Ainsi, des travaux récents ont mis en évidence l’efficacité de la substance sur certaines formes deKétamine-générique dépression sévère, révélant une propriété inédite en pharmacologie. A la différence d’autres antidépresseurs, l’effet positif d’un bref traitement à la kétamine s’est manifesté presque immédiatement et s’est prolongé plusieurs semaines après l’administration. Cette action rapide et durable a autorisé les expérimentateurs à émettre l’hypothèse que la kétamine pouvait corriger d’un coup certains dysfonctionnements neurologiques. Le médicament produirait un effet de « relance (reset) générale du système », comparable à un électrochoc chimique.

Au crédit de cette théorie, qui reste encore à étayer, on peut également porter les résultats d’études sur les douleurs chroniques. Des cancéreux que la morphine ou ses dérivés ne parvenaient plus à soulager ont vu leurs souffrances s’atténuer très rapidement après une prise unique de kétamine, et ce bénéfice, persister longtemps après. Mieux, les opiacés qui n’agissaient plus avant l’administration de kétamine recommençaient à faire effet. Ici comme dans l’amélioration spectaculaire de certains états dépressifs, la molécule semble tourner comme une clé de restauration dans la serrure des fonctions cérébrales, indépendamment de la dose et de la durée du traitement.

Une porte sur l’au-delà ?

Ajoutons pour la petite histoire que la littérature scientifique prête à la kétamine des effets « dissociatifs » sur le psychisme. Des usagers ont éprouvé la sensation de se détacher de leur propre corps, un état de conscience modifié qui évoque la décorporation vécue lors d’expériences de mort imminente (Near Death Experiences, ou NDE). Aurait-on trouvé dans la kétamine un modèle pharmacologique des étranges phénomènes que rapportent les témoins ayant échappé de peu au trépas ? La question n’est pas tranchée. Entre les tenants du matérialisme neuroscientifique et ceux qui croient en l’au-delà, le débat fait rage.

Points de convergence

Métakine-KétamineLa parenté entre kétamine et Métaquine® ne tient pas seulement du jeu de mot. La molécule connue des pharmacologues et son anagramme romanesque partagent plusieurs points communs : toutes deux sont à la fois un produit de l’industrie pharmaceutique et une drogue circulant sous le manteau ; on attribue à l’une comme à l’autre le pouvoir de rebooter les cerveaux ; leur emploi s’accompagne d’hallucinations et de dépersonnalisation ; chacune à leur manière, elles gomment la déprime et les douleurs. Enfin, les deux produits, commercialisés durant des années dans une indication restreinte, révèlent à retardement des propriétés aussi diverses qu’insoupçonnées.

Métaquine®, formule de la réussite

Boîte-Métaquine-blancheLà s’arrête la comparaison. Dans les faits, la kétamine reste un anesthésique de deuxième choix, dont le brevet est tombé dans le domaine public et ne motive plus que les fabricants de génériques. Ses autres indications médicales, pauvrement étayées par la littérature scientifique et ignorées des pharmas (pour des raisons économiques, sans doute), ne trouvent guère de partisans au-delà de petits cercles de spécialistes. Même sur le marché des hallucinogènes récréatifs, la kétamine n’a jamais connu le prestige du LSD ou la popularité de l’ecstasy.

Tout le contraire de la Métaquine®, dont on n’a de cesse de vanter et d’exploiter de nouvelles applications. Ses vertus dépassent de loin celles de sa pâle concurrente, en puissance comme en variété. Sans parler des dizaines de milliards engrangés par son fabricant et du succès sauvage qu’elle remporte chez les dealers et leurs clients. La plus prometteuse des panacées, le plus juteux des placements, la plus répandue des drogues, on ne peut parler d’elle qu’au superlatif.

Curtis 122 x 122022Le public doit réaliser que la Métaquine n’est pas un simple bien de consommation, une recette en vogue. Il faut que la molécule reste un médicament réservé à certains patients, sous stricte surveillance médicale. Avec des effets positifs et des limitations d’emploi, comme n’importe quel agent thérapeutique. Les espoirs que les gens placent dans cette substance sont démesurés. La demande prend de vitesse les fabricants, les autorités sanitaires et même les chercheurs attelés à confirmer les vertus du produit. Tout un commerce parallèle se développe déjà à notre insu. On trouve de la Métaquine sous le manteau dans une majorité de pays européens, proposée dans des indications et des formes que personne ne lui avait prévues.”

Curtis Candrian
Métaquine®
, Clotilde 11

2 Responses

  1. […] disent la part qu’elles ont prise dans l’élaboration du récit. Dernier article paru : Métaquine® et kétamine : mêmes pouvoirs, mêmes espoirs ? (26.03.2016). •    Génération Métaquine® : ainsi s’intitule une galerie de portraits […]

  2. […] précédent paru sur ce blog le 26 mars (« Métaquine et kétamine : mêmes pouvoirs, mêmes espoirs ?« ) soulignait que le mot kétamine était le presque anagramme de Métaquine et la […]

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